Des nouvelles de Papa Choux

Diagnostic de la situation : où sont les médecins, bordel ?! - from Pixabay

Diagnostic de la situation : où sont les médecins, bordel ?! – from Pixabay

Demain, cela fera quatre semaines que Papa Choux a été opéré de son hernie discale. A sa sortie d’hôpital, on ne lui a pas dit grand chose, si ce n’est « 45 jours de repos, pas de rééducation prévue ». Il avait déjà remarché à l’hôpital, et en rentrant, il a adapté ses mouvements à ce qu’il se sentait capable de faire ou non. Bien sûr : ne pas se pencher, ne pas porter de choses lourdes. En parallèle du dos, il ne fallait pas oublier de soigner la cicatrice, sur le ventre, d’une dizaine de centimètres à la verticale, qui était recouverte de strips et qui faisait venir une infirmière tous les deux jours. Puis, bas de contention obligatoires et piqûres contre la phlébite les dix premiers jours.

Les 3 étapes

45 jours, soit 6 semaines. Le chirurgien avait prévenu, j’avais déjà calculé le truc. Autrement dit, à la reprise des vacances scolaires de février, nous aurons atteint ces fameuses 6 semaines. Dans ma tête, j’avais arbitrairement fixé 3 étapes. Même quand je ne maîtrise rien, je planifie, c’est plus fort que moi…

Voilà ce que j’avais imaginé, planifié, peut-être à tort d’ailleurs :

  • Semaine 1 et 2 : Papa Choux en mode légume, les pires semaines, les plus douloureuses, et celles pendant lesquelles il faudrait respecter le plus lourd des soins et des traitements. A ma grande surprise, il arrivait quand même à se lever plusieurs fois par jour, aller fumer des clopes à la fenêtre de la cuisine, prendre sa douche. Bref, j’étais positivement surprise. Mon moral allait mieux, et même si j’étais crevée, éreintée même, j’assumais pas trop mal mon rôle de « maman célibataire enceinte qui marche comme un pingouin qui fait de l’arthrite ».
  • Semaine 3 et 4 : Le gros du traitement terminé, j’imaginais Papa Choux marcher franchement plus, même si c’était au ralenti. Déjà au huitième jour l’infirmière nous parlait de faire un petit tour dans le pâté de maison, avec la poussette comme appui, pour prendre l’air aussi. Alors à ce stade là cela me paraissait jouable, vraiment.
  • Semaine 5 et 6 : Pour le coup, ce sont les deux dernières de la convalescence, donc tout en restant très prudents, je pensais reprendre une vie presque normale. Bien entendu je n’envisageais pas que Papa Choux donne le bain aux enfants ou les porte, mais je le voyais déjà faire des activités manuelles avec nous, sortir faire un petit tour à pied ne serait-ce que 20 minutes, etc.

Tant de questions

Du coup, moi qui veut toujours tout gérer et tout contrôler, me voilà bien perdue dans tout ça… Les deux premières semaines ayant été conformes à ce que j’avais pensé, ça allait franchement pas mal. Puis quand les allers et venues de l’infirmière ont cessé, et que l’on s’est retrouvé sans aucun support médical pour nous aiguiller, j’ai pété un plomb, littéralement. J’ai passé quelques jours à enchaîner crises de larmes et coups de colère. Je ne lui en voulais pas de ne pas m’aider, non, je lui en voulais d’avoir mal. Comme ils disent dans le jargon, il a l’air « douloureux ». A force de ne pas comprendre, j’ai envoyé un mail au chirurgien qui l’a opéré. Cette andouille n’a absolument pas répondu à mes questions, et m’a prise un peu pour une idiote. Je n’ai même pas eu le courage de lui répondre, moi qui manie pourtant le clavier avec aisance dans ce genre de situation. Alors, Papa Choux a appelé notre médecin de famille, qui s’est exceptionnellement déplacé à domicile. Verdict : pas de rééducation tout de suite, ça c’est sûr, mais il veut le revoir pour faire un point sous 2 à 3 semaines. Pour la cicatrice qui est encore fort douloureuse, attention à ne pas faire un abcès sous cutané (manquerait plus que ça…) donc on reprend les traitements à la bétadine… Et en plus, un peu de morphine pour la douleur, quand même, faut pas rester à souffrir.

Le problème, c’est que la morphine ça défonce pas mal Papa Choux. Il en a pris une fois, et depuis n’a pas osé y retoucher car il s’est senti trop mal. Et faut dire que j’ai pas dû l’aider : à le voir aussi camé, ça m’a fait déprimer. En plus de ne pas être là physiquement, il était même plus là tout court. Il m’a vu ruminer, alors il n’a plus eu envie d’en prendre…

On entame la semaine 5 ce week-end, et j’ai l’impression que rien n’a changé finalement. En fait si, mais pas assez, pas assez à mon goût. Et comme je ne suis pas chirurgien orthopédique, ou kiné, et que l’autre Mister Scalpel en Or est plus doué au bloc que pour parler aux patients, je risque pas d’avoir mes réponses.

  • Papa Choux se lève aussi souvent qu’au début, mais plus longtemps : le soir, il prépare à manger avec moi, il mange avec nous et ne se recouche qu’après le repas.
  • Il n’est sorti qu’une fois marcher, pour aller à la pharmacie. Pas de bol : une queue de dingue, et les pharmaciens avaient deux de tension pour nous servir… il a douillé, et n’a pas refoutu un orteil dehors depuis une semaine.
  • Il me dit qu’allongé, il a aussi mal qu’à sa sortie. Et là, je peux pas m’empêcher de trouver ça étonnant.

Trois points, aux conséquences diamétralement opposées. Je suis tantôt soulagée tantôt morte d’inquiétude. J’ai l’impression qu’il va beaucoup mieux, mais finalement on dirait que ça stagne. Devrait-il marcher plus, ou se reposer plus ? Cette position semi-couchée dans le lit est-elle bonne, avec l’ordinateur sur les genoux ? Et finalement, s’il ne somatisait pas un peu ? Donner à manger à Chouquette, ou faire 3 morceaux de vaisselle, juste 3… non ? J’en demande trop ? Je ne sais pas, je ne sais plus ce que je peux lui demander ou non. Je ne veux pas le froisser, mais qui me dit qu’il ne se laisse pas sombrer dans sa petite bulle où il voit tout en noir ? Il est déjà pas du genre positif en temps normal, mais là on dirait qu’il a franchement baissé les bras. Il a les mêmes symptômes qu’à chacune des épreuves que nous avons traversées, il a les mêmes symptômes qu’à la sortie de l’hôpital. Qui du corps ou de la tête a pris le contrôle sur l’autre, en fait ?

Et nous, alors ?

Les P’tits Choux semblent aller bien dans tout ça. Chouchou s’est vite habitué à ce nouveau rythme, et comme Papa Choux est avec nous en soirée maintenant, c’est presque transparent pour lui. Les vacances commencent pour lui demain soir, il va falloir trouver de l’occupation, mais je suis assez sereine. Chouquette par contre, elle ne peut pas comprendre. Elle lui tend les bras, veut être portée, veut qu’il la fasse marcher. Elle voudrait qu’il la fasse descendre de sa chaise, mais ce n’est pas possible… Et forcément, elle est devenue un vrai pot de glue en 4 semaines. Elle qui ne voyait que par son père, qui avait été avec elle chaque jour depuis ma reprise du boulot, elle a vite changé d’attitude à force de n’être câlinée, changée, lavée et nourrie que par sa Maman. Cela dit, même si ce n’est pas toujours très pratique (vider un lave-vaisselle avec une Chouquette qui ne sait toujours pas marcher mais qui s’accroche tant bien que mal à mon pantalon n’est vraiment pas simple), ça peut être agréable, d’être la préférée, elle qui me rejetait presque au profit de son père il y a encore quelques semaines…

Et moi, ben… j’ai l’impression que ma vie a été mise sur pause, mais je réalise que j’ai perdu des jours précieux, égoïstement, pendant lesquels je n’ai pas profité de ma grossesse, je n’ai pas pu visiter ma famille et mes amis comme je l’aurais voulu. Je n’ai pas pu exhiber mon gros ventre autant que je l’aurais voulu, et terriblement, j’ai l’impression que je ne pourrais plus le faire avant l’arriver de Chouki, je ne pourrais plus jamais le faire. Ca me rend très triste, j’aime être enceinte, j’adore ça, c’est un bonheur indescriptible. C’est comme si on vous offrait votre gâteau préféré, et qu’on le mettait sous cloche, et que chaque jour vous le regardiez rapetisser. Bien sûr, vous en profiteriez à la fin, car il resterait toujours le meilleur, la petite cerise sur le dessus, mais tout de même, vous ne pouvez pas vous empêcher de vous dire que chaque journée qui passe, ce gâteau est un peu moins gros, à chaque journée, vous perdez une bouchée…

Voilà, je cherchais la métaphore idéale mais je crois que je l’ai trouvée… Il me reste moins de 2 mois et demi avant l’arrivée officielle de Chouki à la maison, et encore, s’il traînasse un peu bien au chaud. Et moins Papa Choux se rétablit vite, moins je vais pouvoir profiter de ces derniers jours où lui et moi ne faisons qu’un. Je suis déjà nostalgique de quelque chose qui n’a pas encore disparu.

Je crois que cette aventure est loin de se terminer, on reparlera de Papa Choux très bientôt. Et si on se disait au 8 Mars, à la fin de la rémission officiellement programmée ?

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