Ma vie m’est si chère

Ce que je n’oublierai pas

Vendredi matin, je me suis levée aussi tôt que d’habitude. J’ai préparé le déjeuner pour Chouchou et Chouquette, j’ai commencé à boire mon café avec ma sempiternelle brioche aux pépites de chocolat. Puis, les enfants ayant terminé de déjeuner, ils sont allés regarder la télévision dans le canapé, petite dose de télé-poubelle quotidienne avant que la vraie journée ne commence. J’ai roulé une cigarette, je suis allée chercher mon portable sur ma table de nuit pour sortir sur le balcon faire, comme chaque matin, mon petit tour sur les réseaux sociaux. Je mets un point d’honneur à ne pas regarder mon téléphone avant la fin du petit déjeuner, surtout en semaine.

J’ai tendu le bras pour poser ma tasse de café tiède sur la table d’appoint du balcon. J’ai coincé ma cigarette entre mes lèvres, et j’ai incliné la tête sur le côté pour allumer mon mégot. Du coin de l’oeil, j’ai regardé l’écran de mon portable que j’étais en train de déverrouiller, et la première notification Facebook que j’ai lue m’indiquait « Stéphanie L. a été signalée en sécurité« .

Je me suis adossée à ma chaise pliante usée par le temps, et j’ai exhalé la fumée de ma cigarette, le cœur battant la chamade car j’ai immédiatement compris ce que cela impliquait. Mes genoux ont commencé à trembler, et j’ai pris deux secondes pour souffler et le temps de boire une gorgée de café avant de diriger à nouveau mon attention sur l’écran de mon portable. Un statut, deux statuts Facebook, des gens en colère, mais aucun détail. Pas encore un seul article de presse au titre racoleur pour m’aiguiller un peu sur ce qui avait bien pu se passer entre l’heure à laquelle j’avais fermé l’œil la veille, et ce matin ensoleillé sur le balcon.

J’ai fait une recherche rapide, j’avais compris qu’il s’agissait de Nice, et c’est tout ce que j’ai tapé. Quatre petites lettres, avant que je ne frissonne – encore. J’ai lu, survolé deux ou trois sources différentes, et cela m’a suffit. Depuis, je me suis détournée des médias, lu seulement quelques anecdotes circulant Facebook, notamment, pour à chaque fois comprendre que la seule pseudo-information de l’article se trouvait dans le titre.

J’ai pleuré pour Charlie, c’est pas une question de nombre de morts mais bien de symbolique. Les extrémistes ont voulu nous faire fermer nos gueules et ça ne passe pas. Pour le Bataclan, j’ai cédé à la tentation de l’information en direct sur BFM, du début à la fin. Puis cette fois, je ne l’ai su qu’après. Mais j’ai aussi réalisé quelque chose qui m’a retourné la tête, une pensée qui ne m’a plus quittée depuis vendredi :

Cette fois, il y avait des enfants.

J’ai publié cela tel quel sur Facebook, et le premier commentaire a été pour me rappeler que des enfants meurent tous les jours dans le Monde, de l’immonde main d’Hommes cruels. Je sais tout ça, mais je mets mon cerveau en pause, j’évite de penser à cela tous les jours, pour ne pas sombrer, pour vivre chaque jour entièrement, complètement. Parce que mes soucis ont le droit d’exister même si d’autres meurent sous les bombes. Cela peut paraître égoïste, mais il faut savoir mettre des barrières, poser des limites à l’empathie, au risque de ne plus vivre. Et c’est bien ce que je ne souhaite pas.

Ma vie m’est si chère.

J’habite bien loin de Nice, à l’opposé exact du pays en réalité. Je ne connais que très peu de gens habitant la région Niçoise, sauf mon amie Stéphanie. Et du coup, je n’arrêtais pas de penser à elle, et à sa fille, qui auraient vraiment pu être sur la Promenade des Anglais le 14 Juillet. Et j’imagine la scène, je n’ai pas regardé de vidéos et je ne le ferai pas, mais j’imagine l’horreur dans les yeux des parents, la détresse dans ceux des enfants. J’essaie d’être un peu moins empathique au quotidien, mais c’est encore trop récent, et c’est toujours aussi dur, aujourd’hui, cinq jours après.

Après l’attaque du Bataclan, je scrutais le monde autour de moi, j’étais toujours sur mes gardes. Aujourd’hui, plus rien de cela n’a d’importance. Il n’y a pas d’endroit plus risqué que d’autres, après tout, on appellera chaque évènement causant la mort de plus de deux personnes un « attentat« , avant même que quiconque ne l’ait revendiqué de toute façon. En plus de toutes ces horreurs qui me vrillent le crâne depuis vendredi dernier, je vomis la récupération politique et le traitement fait par les médias.

Serrer les dents et lever les yeux au ciel

Aujourd’hui, j’ai eu droit à la première vanne sur le sujet. Pas méchante hein, mais assez pour raviver cet écœurement au fond de ma gorge sous la chaleur étouffante de l’après-midi. Chouquette a eu peur d’un scooter qui venait de se garer à quelques mètres de nous. Je lui ai dit « ne t’inquiète pas Chérie, le monsieur ne va pas t’écraser ». Ce à quoi il a répondu après avoir ôté son casque, dans un demi-sourire : « Mais non, je conduis pas un camion, moi« .

Boum. Serre les dents, ravale tes larmes maman, on rentre, il fait chaud, tes enfants veulent se rafraîchir, et tu as bien besoin d’une cigarette.

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Une réflexion sur “Ma vie m’est si chère

  1. l0uanne dit :

    Le type il est clairement pas fut-fut n’importe quoi d’aller faire ce genre de blague. Je suis très touché aussi par cet énième attentat, surtout que cette fois c’est pas pour le symbole, ni avec des armes, mais ca peut arriver partout, un type qui pète les plombs et qui commet l’irréparable… ca m’écœure d’autant plus que comme tu l’as dit, il y avait des enfants… 😥

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